Le papa de Marie : Apothicaire de notre quartier

L'histoire du papa de mon amie Marie du Quartier Saint-Martin

 

          Une belle histoire dite par Marie sa fille sur son papa apothicaire

de notre Quartier Saint-Martin, il a tenu la pharmacie de l'Hôtel Dieu

Les pharmaciens d'antan étaient comme des magiciens, dira une de ses filles

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Quand mon père était de garde

Quand mon père était de « garde » à la pharmacie du vieil hôpital, les samedis après-midi dans les années 60, il m’emmenait avec lui.

Dès la porte passée, les odeurs puissantes, mélanges de potions mystérieuses, d’alcools et d’éther, grimpaient dans mes narines.

Mon père, vêtu de sa blouse blanche, prenait soudain un air sérieux.

Des pots, des flacons de couleurs et de tailles diverses, il extrayait quelques morceaux blancs ou prélevait au compte-gouttes un liquide translucide.
Il écrasait les morceaux de … dans un mortier en marbre ; sous ses coups répétés, les petits blocs devenaient une fine poudre qu’il pesait à l’aide de tout petits poids en laiton puis la mélangeait à quelques gouttes d'un liquide précieux; il plaçait le tout dans un appareil et, en un tournemain, après un gros clac, il renversait sur le comptoir des comprimés solides, c’était magique !

Les après-midi d’été, les murs épais de la pharmacie nous empêchaient de souffrir de la chaleur, mon père nous concoctait toujours une boisson délicieuse qu’il plaçait pendant deux bonnes heures dans un réfrigérateur, près des médicaments toxiques qu’il ne fallait surtout pas que je touche car « c’est dangereux, tu sais ! »
J’étais obéissante, j’aimais tant sa confiance en moi.

Le téléphone sonnait !
ah ! ça voulait dire que j’allais revêtir à mon tour, la blouse blanche d’une préparatrice en congés, blouse qui m’arrivait aux chevilles et, guidée par les explications de mon père, j’allais remettre là, une pommade ou ici, un vaccin.

De gentilles infirmières m’attendaient, j’étais toujours reçue par : - oh, bonjour nénette ! c’est toi qui es de garde aujourd’hui ?

- attends !
Une main amicale accompagnée d’un grand merci, me tendait une sucette.

Je regagnais la pharmacie en sautillant de joie.

Parfois dans le grand couloir qui menait aussi aux urgences, je croisais des brancardiers menant un patient allongé sur un chariot, je glissais sans bruit en regardant furtivement la personne, une seule fois je fus terrifiée et revins me blottir dans les bras rassurants de mon père.

Je me souviens de tout, les murs, les odeurs, les mains de mon père allant et venant sur l’immense comptoir en chêne massif, les échelles qu’il faisait coulisser le long des travées pour récupérer un flacon en verre ambré marqué « Borate de soude » ou « Onguent gris » ou bien un pot de porcelaine blanche écrit « Oléum Camphor ».

Tous les flacons bleus, verts, ambre ou en verre transparent, les pots en porcelaine blanche ou joliment peints, les trébuchets pour les délicates pesées et les tiroirs immenses où j’aimais plonger jusqu’aux épaules et d’où je ressortais ivre de parfum des feuilles ou des fleurs séchées de tilleul, de lin, de camomille ou de bardane et de bien d’autres encore.

J’avais bien conscience que l’endroit était la caverne d’un génie, mon père !

Marie Aubrée

" le trébuchet de mon papa que j'ai conservé précieusement " Marie

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Aaahhh Papa, combien de fois, ai-je posé ma tête sur le comptoir en chêne pour te regarder, pour t'admirer.
Tes mains semblaient voler, elles attrapaient ici un flacon ambré, là, un pot certainement magique, qui enfermait en sa porcelaine, une poudre qu'elles tentaient de contenir en penchant leur contenant.
Je te voyais, Papa, attentif et sérieux, même comme ça, tu étais un dieu vivant pour moi et je savais attendre que tout soit terminé pour recueillir ton sourire en tes yeux bleu glacier qui ne me gelaient jamais.
Après avoir écrasé les divers composants dans le mortier de marbre blanc, tu déposais ta préparation sur le trébuchet, tu étais si adroit, si précis que je t'ai rarement vu ajouter ou ôter quelques milligrammes à tes préparations. L'appareil à comprimer claquait dans tes belles mains, tu versais délicatement le mélange, refermais rapidement et dans un bruit sourd, le petit miracle se jouait. 
Quand tu ouvrais la petite cage en bois d'acajou, j'étais toujours ébahie, la poudre légère était devenue un beau comprimé tout rond et tout solide, je t'applaudissais alors que tu riais de ces petits tours que tu me faisais presque chaque Samedi que tu m'emmenais dans TA Pharmacie, Oh Mon Papa !

Pastilles, pâtes, pilules, granules, dragées, granulés et même les suppositoires, les onguents, les baumes et les emplâtres, les sirops et les mélanges savoureux de toutes les herbes et fleurs séchées, endormies dans les immenses tiroirs en chêne, n'avaient qu'un seul Créateur, TOI !

Marie Aubrée
Moussey, 12 Janvier 2017

 

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Pharmacie 1

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Commentaires (2)

1. Mariecapucine 13/01/2017

Je tiens une fois encore à te remercier pour toute l'Amitié que tu m'offres en mettant sur ton blog les si merveilleux souvenirs d'un père admirable.
En feuilletant tes pages, je suis tombée sur l'ancien hôpital - L'Hôtel Dieu - où j'avais d'ailleurs laissé ceci en 2012 :

1. mariecapucine 27/06/2012

Alors là ! CHAPEAU !!!

Que dire de plus que je suis très émue de retrouver cet endroit où mon Papa travaillait, sa " vieille pharmacie " était le lieu de son culte hebdomadaire, le Dimanche, il retrouvait sa chère Eglise Saint Martin !

L' Hôtel Dieu représente aussi le lieu de tous mes Samedis après-midi, quand j'étais enfant, mon Père m'y emmenait, il était de garde ces après-midi là et de temps en temps, il me faisait enfiler la blouse blanche d'une de ses collaboratrices ( préparatrice en pharmacie comme lui - mais lui était le CHEF !!! hi hi hi ... il nous amusait quand il se nommait ainsi : je suis le Préparateur en Chef de la Pharmacie du vieil Hôpital ) et habillée de cette blouse trop grande, j'allais porter le médicament réclamé en urgence par un des services;
j'étais toujours accueillie avec beaucoup d'affection par les infirmières qui m'adoraient.
Je n'étais pas peu fière de rendre ces petits services à tout le monde.

Merci Danièle et Paul, merci de ce beau voyage que vous me permettez une fois de plus !!!

. . .

Les années passent et notre Amitié s'amplifie toujours, Merci Danièle et merci à ton cher et tendre époux Paul pour toutes vos recherches et vos magnifiques articles.
Belle, très belle continuation et Longue et Heureuse Vie à Vous mes Amis et à tous ceux que vous aimez.

Marcos pauldaniele

Marcos pauldaniele Le 13/01/2017

merci Marie cela nous va droit au coeur . on avait écris aussi sur le tramway tu te rappelle tu nous avez aidé en nous racontant des souvenirs ? tu es une super amie nous t'embrassons bien fort Paul & Danièle

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